Parrainage

mardi, juin 19, 2007

Courrier International : ils courent, ils courent, les puissants

Merci Vincent :

http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=75035

JOGGING POLITIQUE • Ils courent, ils courent, les puissants Vie privée, marketing, signe des temps ? José Sócrates, le Premier ministre portugais, pratique le jogging, y compris lors des voyages officiels. Mais il n'est pas le seul, constate le quotidien Público.

Qu'ont en commun George W. Bush, Tony Blair, Nicolas Sarkozy, François Fillon, John Howard, José Luis Zapatero et José Sócrates ? Ils sont tous présidents ou Premiers ministres en fonction. C'est certain. A part ça ? Ils sont tous adeptes du jogging. Tous n'apparaissent pas dans les pages des journaux ou à la télé en train de courir sur une place Rouge bouclée pour l'occasion, comme cela s'est produit pour Sócrates le 29 mai dernier. Mais tous capitalisent, d'une façon ou d'une autre, l'image de vigueur et de naturel de quelqu'un qui court par goût.

Si, parmi les présidents des Etats-Unis, la tradition du jogging matinal est devenue une institution (Clinton en était un adepte) avec une nuée de garde-corps en tenue de sport, en Europe, la tendance – ou du moins sa médiatisation – semble être plus récente. Le prototype du politique est-il en train de changer ? Le net abaissement de la moyenne d'âge des chefs d'Etats explique-t-il que l'activité physique ait gagné en importance ? António Costa Pinto, chercheur à l'université de Lisbonne, considère que les deux dimensions s'entremêlent. "C'est un message qui fait gagner des voix, et les politiques sont réellement plus jeunes. Cette visibilité de l'activité physique renvoie à une idée de la politique où la relation avec le monde médiatique, la personnalisation sont plus prononcées qu'avant et certainement plus importantes que la question gauche-droite."

A 46 ans, le Premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, dit avoir comme loisirs le jogging et la pêche à la truite. Nicolas Sarkozy est lui aussi adepte du jogging ; son Premier ministre, François Fillon, est un fan d'escalade et, bien sûr, de course à pied. Tony Blair, 54 ans, ne laisse pas ses affaires du 10 Downing Street l'empêcher de pratiquer son traditionnel jogging matinal. Tout comme le Premier ministre australien, John Howard, qui se laisse filmer courant au côté de son homologue chinois, Wen Jiabao.

De toutes parts, les politiques ont entrouvert les portes de leurs vies privées, en quête d'une meilleure identification avec leurs électeurs. Cette nouvelle attitude a-t-elle une réelle importance politique ? "Non. C'est du marketing. C'est très bien que Sócrates fasse du sport, mais ce message de vitalité est inutile du point de vue de la communication politique. C'est du vide", estime André Freire, professeur de sciences politiques. "Cela ne dit rien de significatif sur les qualités du politique et encore moins sur sa politique", assène-t-il.

Winston Churchill, le mythique Premier ministre britannique, faisait tous les jours une sieste ; il aurait même affirmé que cette saine habitude lui aurait permis de gagner la Seconde Guerre mondiale, les leaders allemands dormant quant à eux trop peu… Personne n'a jamais vu François Mitterrand faire de la planche à voile ni Margaret Thatcher en short. Roosevelt était, lui, cloué à sa chaise roulante. Ils ont pourtant été de grandes figures politiques. Qu'est-ce qui a changé ? L'exhibition de qualités sportives serait-elle désormais la face médiatique de la capacité physique à effectuer un travail exigeant ? André Freire ne le croit pas : "Un politique peut être gros ou handicapé et être néanmoins un bon Premier ministre." Son collègue Cunha Vaz ne partage pas cet avis : "Avec la vie que mène Sócrates, il n'est pas possible de maintenir un mental sain sans entretenir le corps."

Avant d'être aux commandes du pays, Sócrates courait en groupe deux fois par semaine. Pour lui, courir est une routine. Et le faire pendant les voyages officiels est devenu une image de marque. D'où les images réalisées par les journalistes de Sócrates courant à Copacabana, à Luanda, dans la Cité interdite de Pékin ou sur la place Rouge. André Freire ne ménage pas ses critiques à ce sujet. "Les journalistes ont aussi leur responsabilité. Courir, cela n'a aucune importance en termes d'information, cela n'a rien à voir avec la fonction politique. Ce devrait être uniquement une affaire privée."